De la lumière, de l’ombre,
des reflets verts,
mousse, pré ou lichen,
verts subtils et infinis,
qui piquent, accueillent, nourrissent, protègent ou rafraichissent.

Verts oubliés par trop d’humains pressés,
relégués à l’inutile, à la futilité,
à la promenade du dimanche…
On respire, c’est si doux, mais c’est déjà fini.

Verts d’un monde qui s’éteint,
et que j’ai eu envie de décliner, là,
en nuancier de l’herbe et des feuilles,
en figures féminines et végétales, nées de rebuts textiles,
et pourvoyeuses de vie, de soin, de poésie.


Et puis, en écho, des graines,
cinquante collections de graines.

Vous n’avez pas pu vous déplacer?
Alors entrez!

Poussez la porte,
avancez vous,
Ouvrez les yeux, les mains.

Avec délicatesse, tiroir après tiroir,
découvrez les trésors que recèle ce précieux grainetier.

Graines
Des graines de joie légère, ou de colère, des petits grains de trois fois rien,
semences précieuses, sauvages ou raffinées, secrètes ou exhibées,
coquilles ouvertes, coquilles fermées.
Des fragments rassemblés, bouts de terre, de fils emmêlés,
bouts de chair.

Des germes sans menace, sinon celle de la vie des femmes et de ce qu’elles ont dans les mains :
l’infini pouvoir de soigner, d’éveiller, de créer, d’élever.

Femmes qui inventent, protègent et multiplient la vie,
cette vie que d’autres s’obstinent méthodiquement à détruire.

Modelées, brodées, pliées, gravées, tournées, illustrées, cousues, soufflées, découpées,
frappées, imprimées, ciselées, feutrées… ces graines ont été créées par cinquante femmes
qui se sont prêtées au jeu de donner corps et cri à ce précieux symbole.

Présentées dans les tiroirs d’un meuble de métier ancien, à la manière d’un conservatoire
symbolique des énergies créatrices féminines, elles sont autant d’œuvres minuscules de porcelaine,
de grès, de textile, de feutre, de métal, de brindilles, de nacre, de lino, de papier…

De haut en bas, Gaby Matrioshka, Catherine Herbertz, Ségolène Géry, Bertille Derail,
Sylvie Delphaut, Agnès His et Odile Viallon, Sandra Coelho, Delphine Caraz.

Un court aperçu des œuvres minuscules qui sommeillent à l’ombre de leurs tiroirs de bois,
et se dévoilent à celles et ceux qui, avec patience et gourmandise,
font le trajet de les découvrir.

L’exposition Fertile, et l’installation Graines sont encore en place jusqu’au 30 septembre.
(jusqu’à midi pour les graines, jusqu’à 18 h pour le reste de l’exposition).
Pour rappel, les horaires de la médiathèque sont :


Mardi : 12h-17h
Mercredi : 10h-12h/14h-18h
Jeudi : 10h-12h/14h-18h
Vendredi : 10h-12h/14h-18h
Samedi : 9h-13h

Et comme les expositions se suivent et entrent parfois en collision…

Je participe, cette année encore, à l’exposition collective Éphéméride,
avec une série de douze muraux en céramique, au format 20×20 cm.

J’ai travaillé cette année en pensant à ceux qui restent.
Aux femmes, aux mères,
aux frères qui attendent,
qui listent et empaquètent tabac, saucisson, coquillettes,
comme ma grand-mère l’a fait durant onze années de sa vie.
Pour ses fils enrôlés de l’autre côté de la mer,
pour son mari soldat sans doigts, prisonnier au bout du monde,
là où aujourd’hui une autre sinistre et stupide guerre se joue.

Petits soldats de plomb, humains de rien du tout,
il faut bien que les grands s’amusent,
de ces corps, de ces vies, de ces pions,
de ces hommes qui aiment et qui respirent,
qui ont peur, qui obéissent, qui tuent ou ne tuent pas,
qui brûlent leurs bras pour ne pas trahir leur pays,
ce pays qui les a envoyé là-bas,
se faire stratégiquement dézinguer,
par d’autres pions armés.

C’est un carnet trouvé et datant de 1917 qui m’a accompagnée dans cette envie et cette idée.
Dedans, des brouillons de lettres adressées à un frère parti faire la guerre,
et des listes numérotées,
Chocolat, conserve de lapin, de faisan, chaussettes et cigarettes
une vie entre les lignes,
celle de ceux qui restent.
Comme des pointillés entre la guerre du jour et celle d’il y a un siècle,
qui me racontent qu’il y aura toujours des hommes pour jouer à la guerre,
avec la vie d’autres hommes,
et qu’il y aura toujours des femmes, des mères, des sœurs, des frères,
pour les attendre.


Vous souhaitez que l’on s’y rencontre?
Je serai présente samedi 1er octobre, entre 15h et 17 heures, et dimanche 9 octobre entre 16h et 19H.

À bientôt,